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Barbe bleue à l’origine du nom de la ville de Camors


L’histoire de Camors commence par une légende que l’on retrouve d’ailleurs en d’autres endroits comme à Carnoët (29). Mais peu importe, puisque, en tant que Camoriens, nous sommes certains que c’est bien à Camors qu’a vécu Barbe bleue !
Note : Une autre explication plausible, étant qu’il ait possédé plusieurs châteaux dans lequel il aurait sévi !

Vous avez tous lu sans aucun doute l’histoire de Barbe Bleue dans les contes de Perrault. Et bien, Charles Perrault s’est inspiré de notre histoire pour écrire ce si célèbre récit !

Mais contons maintenant la véritable histoire de Barbe Bleue :

Au VI ème siècle, Barbe bleue ou le comte de COMORRE (ou CONOMOR) possédait un château au lieu-dit « la Motte » où l’on peut encore aujourd’hui apercevoir des vestiges (nous avons même un rocher où il déposait ses armes en revenant de batailles).

chateaucommorre

Il régnait ainsi sur toute la Cornouaille et le Poher et il n'y a aucun doute sur la réalité historique de son existence. Il a vécu aux environs de l'an 550 et a même eu des liens avec le fils de CLOVIS, le roi franc CHILDEBERT 1er. La capitale de son royaume était Carhaix, où son souvenir est toujours vif. ( Au VI° siècle de notre ère, l’oppidum gallo-romain de Carhaix était encore suffisamment puissant pour qu’un seigneur en fit le point central de ses domaines). Le sanglant COMORRE, dont le souvenir s’est perpétué dans toute la Bretagne occidentale, était tierne de Poher. Il avait un pouvoir légal et était un agent du pouvoir central représenté, à l'époque, par les francs.

Ce surnom de COMORRE ou CONOMOR venant de KONOMOR signifie « Le grand chef ». Il régnait en maître totalitaire sur ses domaines. Sa réputation était effroyable et il tuait et pillait pour le plaisir. Mais voici ce que dit la légende :

Le comte de COMORRE, prit un jour, pour épouse, une femme très belle et très douce. Or, peu de temps plus tard, un devin lui prédit qu'il périrait de la main de son premier fils né. Sanguinaire avec les faibles, il prit peur et crût à la prophétie. Lorsque son épouse fût enceinte il lui coupa la tête pour ne prendre aucun risque.

Il se remaria cinq fois et tua de la même façon ses épouses dès qu’une naissance était annoncée.

Malgré sa réputation, lorsqu'il demanda en noces la belle Tryphine (ou Tryphina), fille du comte de Vannes, le seigneur Waroc, celui-ci n'osa pas refuser de crainte d'une guerre. Il fût en cela conseillé par le grand Saint-Gildas.

Le mariage fut célébré avec faste et tout se passa bien pendant plusieurs mois.

Cependant au retour d'un long voyage, Comorre surprit dans son château sa jeune épouse occupée à broder un bonnet de nouveau-né. Il apprit ainsi de Tryphina qu’elle attendait un enfant. A cette nouvelle, il se mit dans une colère épouvantable et déclara qu’il allait la tuer. En attendant, il la fit enfermer dans son château.

Poussée par le désespoir, la malheureuse réussit à s’enfuir. Sa course effrénée dans les bois, les émotions subies précipitèrent l’accouchement et Tryphina, dissimulée dans un buisson, mit au monde un fils.

Prenant son bébé dans les bras, épouvantée, elle reprit sa course.

Entre temps, COMORRE avait découvert l’évasion de sa prisonnière. Sur son cheval, avec ses hommes d’armes, il se lança aux trousses de la fugitive comme si elle était un bandit de grand chemin.

Il la rejoignit au sommet d’une colline et lui trancha la tête d’un seul coup d’épée. Il repartit aussitôt dans son château, sans même se retourner, laissant le nourrisson près du cadavre de sa mère, mourir de faim ou pire, être dévoré par les loups !

Or la légende dit que Dieu ne permit pas l’accomplissement de cette horreur. Le Seigneur de Waroc, père de Tréphine, miraculeusement prévenu, alerta son ami Saint-Gildas (il était honoré dans les deux Bretagnes sous le nom de Gweltas ou Gildas). Ils arrivèrent tous deux à grande chevauchée sur les lieux du crime. L’illustre abbé ne dit qu’un mot et Tréphine décapitée se leva, saisit sa tête d’une main et de l'autre prit son enfant. Elle marcha alors vers le château de COMORRE suivie par les deux cavaliers.

Sommé par Saint-Gildas de recevoir les siens, le meurtrier, terré derrière ses murailles ne répondit pas. Alors, l’enfant nouveau-né se dégagea de l’étreinte de sa mère et marcha seul vers la forteresse. Arrivé près du fossé, il prit une poignée de terre et la jeta vers les tours « Voici la justice de la trinité » cria-t-il. A ces mots fatidiques les bastions s’écroulèrent, les courtines s’effondrèrent et le seigneur sanguinaire fut enseveli sous les ruines avec ses hommes d’armes.

Saint-Gildas replaça alors la tête de Tréphine sur ses épaules et baptisa l’enfant sous le nom de TRÉMEUR.

Note : Plus tard, il devait devenir moine du monastère de Saint Gildas de Rhuys qu’avait fondé son sauveur. ( Le culte de TRÉMEUR, sanctifié par la voix du peuple breton, s’est perpétué à Carhaix. L’église lui est dédiée, et le portail nord possède une statue qui le représente. ).

Depuis cette époque, la mère et le fils sont vénérés comme des saints par le peuple breton. Un amoncellement de pierres sur une colline marquerait l’emplacement du château (voir la photo ci-dessus).

Une autre fin de cette histoire :
Ce serait le mendiant GERGAM qui serait venu au secours de Tréphine. Il aurait jeté une poignée de sel sur le château qui aurait alors disparu dans les entrailles de la terre.

Encore, une autre version de l'histoire (peut-être plus historique) :

Selon la version d'O. L. Aubert, c'est Saint-Gildas qui jeta la terre sur le château de COMORRE. Celui-ci s'écroula bien mais COMORRE réussit à s'enfuir.
Saint-Gildas parcourut alors la Bretagne pour dénoncer les agissements de ce chef. Il réussit à réunir en 548 un concile civil et écclésiastique qui le jugea coupable. Il fut alors excommunié et dépossédé de tous ses biens et se mit à errer en Bretagne.
Il rencontra un jour son fils TRÉMEUR qui avait neuf ans et lui trancha la tête par surprise. Mais celui-ci, comme sa mère l'avait fait, ramassa sa tête et partit la déposer sur la tombe de sa mère.
Ce sanguinaire personnage se crût alors définitivement à l'abri de la fameuse prédiction.
Mais COMORRE avait épousé (et assassiné) sa belle-soeur, veuve du roi de Dononée IONA (et frère de COMORRE lui même). Celle-ci avait un fils, JUDUAL, héritier légitime du royaume de Domnonée. Dépossédé, par son beau-père de ses terres et de ses biens, il livra bataille à COMORRE dans les monts d'Arrée. C'est lors du troisième combat qu'il le transperça d'un coup de javelot.
La prédiction s'était donc réalisée !

Précisions historiques...

"... d'après la Vie de saint Lunaire et la Vie de saint Samson, c'est Konomor lui-même qui aurait tué Iona, son propre frère, souverain légitime de Domonée, pour pouvoir épouser la veuve de celui-ci et usurper le pouvoir au détriment de son beau-fils et neveu Judwal..."
" ... On notera cependant un élément qui ressort de tout cela : une volonté d'unification de la Bretagne. Car, déjà maître du Poher et du Léon, Konomor, en s'emparant de la Domnonée et en esayant de mettre la main sur le Vannetais en épousant la fille de Warog, réunissait ainsi la plus grande partie du territoire armoricain occupé par les Bretons. Cela lui permettait d'isoler complètement la Cornouaille avec l'espoir de la faire tomber sous sa domination."
Extrait de "L'histoire secrète de la Bretagne" de Jean MARKALE.